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lundi 29 octobre 2018

La prédication de Claude Brousson



Nous ne disposons pas d’un grand nombre de travaux sur la prédication de Claude Brousson (1647-1698), infatigable prédicateur du Désert et martyr de la cause huguenote. J’étais ravi de découvrir que tout un chapitre de la monographie de Walter C. Utt [*] est consacré à ce sujet. 

J’ai fait une traduction de ce texte, que vous pouvez télécharger ici

Si vous préférez l’original anglais, il se trouve ici

Je vous recommande de lire le livre tout entier, qui en vaut bien la peine et qui ne coûte pas bien cher (moins de vingt livres sterling). 


[*] Walter C. Utt et Brian E. Strayer, The Bellicose Dove. Claude Brousson and Protestant Resistance to Louis XIV, 1647-1698, Sussex Academic Press, Brighton, 2013, 220 p. 


Egalement publié sur mon site Internet (ici). Vous y trouverez également une biographie de Brousson (ici) et la totalité de ses sermons publiés (ici).

dimanche 6 mai 2018

La composition du sermon selon Jean Claude (4)



Dans le quatrième chapitre de son traité de la composition du sermon, Jean Claude (1619-1687) donne quelques règles générales que le prédicateur ferait bien de respecter, même de nos jours :

4.1 Qu’une tractation soit claire

Voilà pour le choix des textes. Je viens maintenant à leur tractation, et je ne prétends point mettre seulement en avant [de] certaines règles générales que tout le monde sait, bien que peu de personnes les observent. Je dirai néanmoins premièrement qu’il faut que la tractation explique clairement et nettement un texte, qu’elle en fasse comprendre facilement le sens, et qu’elle mette les choses tellement devant les yeux que les auditeurs n’aient nulle peine à les comprendre. Cette règle va à condamner l’obscurité et l’embarras, qui est la chose du monde la plus importune dans une chaire. Il faut se figurer que la plupart des auditeurs sont des gens simples, à qui pourtant il faut faire profiter la prédication, ce qui ne se peut à moins qu’on soit fort clair. Et quant aux personnes savantes qui vous écoutent, il est certain qu’ils vous estimeront toujours beaucoup plus si vous êtes clair que si vous êtes obscur, et cela pour deux raisons : l’une, qu’ils ont eux-mêmes égard aux simples, et que leur charité n’est point contente si les plus simples ne sont pas satisfaits. L’autre raison est qu’ils sont eux-mêmes bien aisés de n’être pas obligés à une trop grande application d’esprit, ce qui serait, si le discours du prédicateur était obscur. Les esprits des hommes, quels qu’ils soient, savants et ignorants, fuient ordinairement la peine, et les savants sont assez fatigués dans le cabinet, sans l’être encore dans le Temple.

lundi 5 février 2018

La composition du sermon selon Jean Claude (3)



Le troisième chapitre du Traité de la composition d’un sermon de Jean Claude (1619-1687) est consacré à la tractation, et plus particulièrement au choix du texte de la prédication.

Je viens maintenant à la tractation, sur laquelle d’abord je dirai quelque chose sur le choix des textes. (1) Il ne faut jamais prendre des textes, [à moins] qu’il n’y ait un sens complet. Car il n’appartient qu’à des impertinents et à des fous d’aller prêcher sur un mot ou deux, qui ne signifient rien. (2) Il faut même non seulement prendre des paroles qui aient un sens complet en elles-mêmes, mais il faut aussi que ce soit le sens complet de l’auteur duquel vous prenez les paroles, car c’est son discours et sa pensée que vous expliquez. Par exemple, si quelqu’un prenait ces paroles, 2 Co 1.34 : Béni soit Dieu qui est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, et qu’il s’arrêtait là, il prendrait un sens complet, mais ce ne serait pas celui de l’apôtre. S’il allait plus avant, et qu’il ajoutât : qui nous console en toute notre affliction, ce ne serait pas encore le sens complet de saint Paul ; il faut donc aller jusqu’à la fin du verset 4, car alors on aura tout ce que saint Paul veut dire. Pourvu qu’on prenne le sens complet de l’auteur sacré, on peut s’arrêter là. Car il y a peu de textes dans l’Ecriture de cette nature, qui ne fournissent assez de matière pour faire une juste action, et il est également incommode de prendre trop de matière, et de n’en prendre pas assez. Il faut éviter l’une et l’autre de ces deux extrémités. 

lundi 30 octobre 2017

La composition du sermon selon Jean Claude (2)



Le second chapitre du Traité de la composition d’un sermon de Jean Claude (1619-1687) est consacré à la division, c’est-à-dire à l’agencement du sermon. C’est un enseignement fort intéressant pour quiconque doit prêcher sur des textes bibliques. 

NB: les titres ont été ajoutés par nos soins.


2.1 Modération

La division en général doit être restreinte à un petit nombre de parties, et elle ne doit jamais excéder le nombre de quatre ou de cinq tout au plus ; les plus justes sont de deux ou de trois.

2.2 Typologie

Il y a deux sortes de divisions dont on peut justement se servir. L’une, qui est plus ordinaire, est la division du texte en ses parties. L’autre est la division du discours ou de l’action même qu’on a à faire sur le texte.

2.2.1 Division du discours

(a) Textes avec éléments sous-jacents ; prophéties de l’AT

Cette dernière division des parties du discours a lieu lorsque pour donner du jour à un texte, il faut nécessairement ramener plusieurs choses que le texte suppose sans les marquer formellement, ou il les faut tirer d’ailleurs, pour pouvoir donner ensuite la juste explication de votre texte. En ce cas, vous pouvez diviser votre discours en deux parties dont la première contiendra quelques considérations générales, nécessaires pour l’intelligence du texte, et la seconde contiendra l’explication particulière du texte même. Cette méthode a lieu toutes les fois qu’on traite quelque oracle du Vieux Testament, car le plus souvent le dénouement de ces oracles dépend de plusieurs considérations générales qui rejettent les sens faux et mauvais qu’on pourrait y donner, et qui ouvrent le chemin à la véritable explication, comme il paraît par ce qu’on a dicté sur l’oracle de la Genèse : Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta semence et la semence de la femme ; icelle semence [1] te brisera la tête, et tu lui briseras le talon, et sur celui de l’alliance traitée avec Abraham.

lundi 11 septembre 2017

La composition du sermon selon Jean Claude (1)



Voici le premier chapitre du Traité de la composition d’un sermon de Jean Claude (1619-1687): 

Il y a en général cinq parties dans un sermon : l’exorde, la connexion, la division, la tractation et l’application. Mais parce que la connexion et la division sont des parties qui doivent être extrêmement courtes, on ne doit proprement compter que trois parties : l’exorde, la tractation et l’application. Nous ne laisserons pas pourtant de dire quelque chose de la connexion et de la division.

CHAPITRE   I 
De la connexion 

La connexion est la liaison de votre texte avec les textes précédents, et pour la trouver, il faut bien considérer la suite du discours, et consulter sur cela non seulement les commentaires, mais particulièrement le bon sens, car quelquefois, les commentaires philosophent trop et donnent des liaisons fortes et tirées de trop loin. Il faut éviter celles qui sont de cette sorte, car elles ne sont pas naturelles, et le bon sens découvre quelquefois bien plutôt la suite que ne fait l’étude. J’avoue qu’il y a des textes dont la liaison avec les précédents ne paraît pas d’abord, et alors il faut, ou tâcher de découvrir cette liaison par la force de la méditation, ou prendre celle que les commentaires vous fournissent, et entre plusieurs qu’ils donnent, choisir celle qui vous paraîtra la plus naturelle, ou si l’on n’en trouve point qui soit vraisemblable, le mieux est de n’en faire point. Quoi qu’il en soit, la liaison est une chose sur laquelle il faut très peu insister, parce que c’est une partie sur laquelle les auditeurs ne s’arrêtent presque point, et dont le peuple ne peut tirer que très peu d’instruction.

Quand la liaison peut nous fournir quelques belles considérations pour l’éclaircissement du texte, il la faut mettre dans la tractation, et cela arrive assez souvent. Quelquefois aussi vous en pouvez tirer un exorde, et cela étant, l’exorde et la liaison sont confondus ensemble.

Egalement publié sur mon site Internet (ici).

lundi 7 novembre 2016

Napoléon Roussel – Prêcher comme Jésus


Reconstitution du visage d’un Galiléen du temps de Jésus par l’anthropologue Richard Neave


Le dernier – et sans doute le plus beau – chapitre de l’ouvrage Comment il ne faut pas prêcher de Napoléon Roussel (1805-1878) est consacré au plus grand des prédicateurs : Jésus-Christ. Les autres chapitres, qui caricaturent divers prédicateurs du temps de Roussel, peuvent avoir pris des rides ; celui-ci n’a rien perdu de sa pertinence.


Roussel constate d’abord que Jésus ne pratique pas l’art oratoire : « Jésus ne fait pas de discours, il parle … point de division, point d’arrangement prémédité, ni exorde, ni péroraison. » Celui qui veut imiter Jésus-Christ en chaire doit parler au lieu de prêcher.

dimanche 7 février 2016

Comment il ne faut pas prêcher - Ovide



Continuons notre lecture de l’ouvrage Comment il ne faut pas prêcher de Napoléon Roussel. Nous arrivons au chapitre 7 qui est consacré à un certain Ovide :

Télécharger le texte du chapitre


jeudi 24 décembre 2015

Comment il ne faut pas prêcher - Procope



Continuons notre lecture de l’ouvrage Comment il ne faut pas prêcher de Napoléon Roussel. Nous arrivons au chapitre 6 qui traite d’un certain Procope :

Télécharger le texte du chapitre


samedi 13 juin 2015

Jean Claude (1619-1687) – Excès d’esprit


« … un des plus importants préceptes pour la tractation d’un texte et pour la composition d’un sermon est d’éviter en toutes choses l’excès : Ne quid nimis. … Il n’y faut point mettre trop d’esprit, je veux dire, trop de ces sortes de choses brillantes, surprenantes et agréables, car cela fait plusieurs méchants effets. L’auditeur ne manque jamais de dire : « C’est un homme qui fait le bel esprit et qui se prêche soi-même ; ce n’est point l’Esprit de Dieu, mais l’esprit du monde qui l’anime. » D’ailleurs, l’auditeur en est accablé : l’esprit humain a ses bornes et ses mesures, et comme l’œil est ébloui et offensé d’un trop grand éclat de lumière, notre esprit de même l’est d’un trop grand amas de belles choses. De plus cela empêche le principal effet de la prédication, qui est de sanctifier la conscience. Car quand l’esprit est accablé de trop de belles choses, il n’a pas le loisir de faire réflexion sur les objets pour les faire passer jusqu’au cœur : joint que (*) ces fortes de choses qui égaient fort l’esprit ne sont pas trop propres à émouvoir la conscience. Cela flatte l’imagination, et puis c’est tout. On ne maque aussi jamais de dire d’un tel prédicateur : « Il a de l’esprit, il a l’imagination vive et abondante ! », mais le plus souvent, on y ajoute : « Il n’est pas solide. » Enfin, il est impossible que quand on se pique de remplir un sermon de beaucoup d’esprit, on soit en état de se soutenir toujours de même sans tomber dans des redites importunes ; il est même bien difficile que dans un même sermon il ne s’y trouve plusieurs faux brillants qu’on appelle du faux esprit, comme cela se voit tous les jours par l’expérience. … »

(*) ajoutez à cela que

Extrait du « Traité de la composition d’un sermon », publié dans les « Les œuvres posthumes de M. Claude, tome premier » (1690)